« Prévention » homéopathique de la grippe

Dans la lettre 43 nous vous avons fait connaitre Alexandre Yersin. Chaque hiver je suppose que de nombreux lecteurs prennent consciencieusement ce que l’on nomme le « vaccin homéopathique pour la grippe »
Avant de partir sur l’origine d’influenzinum et du sérum de Yersin, je voudrais préciser qu’il ne s’agit pas d’un vaccin à proprement parler, c’est un reproche qui peut être fait quand on présente le couple influenzinum- serum de Yersin comme le vaccin homéopathique de la grippe.

[*Influenzinum*]

En effet l’action du vaccin antigrippal est d’obliger le système immunitaire à fabriquer des anticorps contre le virus de la grippe, pour que ces anticorps, spécifiques aux virus attendus, soient présents quand le virus de la grippe attaque l’organisme. Alors que l’action d’influenzinum et du sérum de Yersin est de stimuler le système immunitaire, selon la loi de similitude de l’homéopathie, c’est-à-dire en donnant un simili homéopathique du virus de la grippe et(ou) du bacille de la peste, le système immunitaire est renforcé et se prépare ainsi à adapter une réponse contre les virus de la grippe.
Comme influenzinum est fabriqué à partir du vaccin de la grippe, je propose un rappel sur la fabrication du vaccin de la grippe d’après l’Oms.
La 1éré étape est l’identification d’un nouveau virus : des laboratoires du monde entier collectent des échantillons des virus grippaux en circulation et les transmettent pour analyse aux centres collaborateurs de l’OMS de référence et de recherche pour la grippe. La première étape dans la production d’un vaccin contre une grippe pandémique démarre quand un centre détecte un nouveau virus grippal présentant des différences sensibles avec les souches en circulation et transmet cette information à l’OMS.
La 2éme étape est la préparation de la souche vaccinale (ou virus vaccinal) : il faut tout d’abord adapter le virus à son utilisation pour la fabrication d’un vaccin. Pour le rendre moins dangereux et favoriser la multiplication dans les œufs de poules. Le virus est mélangé avec une souche virale standard de laboratoire et les deux sont cultivés ensemble. Au bout d’un certain temps, un hybride se forme,
La 3éme étape est la vérification de la souche vaccinale : après sa préparation, il faut tester le virus hybride pour vérifier qu’il produit bien les protéines externes de la souche pandémique, qu’il est sûr et qu’il se développe dans les œufs. Une fois ce processus achevé la souche vaccinale est distribuée aux fabricants.
Les fabricants de vaccin prennent le virus hybride qu’ils ont reçu des laboratoires de l’OMS et testent la multiplication sur les œufs. La production des vaccins grippaux s’effectue sur des œufs de poule fécondés, de neuf à douze jours. Le virus vaccinal est injecté dans des milliers d’œufs, qui sont alors mis à incuber pendant deux à trois jours pendant lesquels le virus se multiplie. Le blanc d’œuf, qui contient désormais des millions de virus vaccinaux, est ensuite récolté et le virus séparé. Ce virus partiellement pur est tué en appliquant des produits chimiques. Les protéines externes sont ensuite purifiées et l’on obtient plusieurs centaines ou milliers de litres de protéines virales purifiées, les antigènes ou principe actif du vaccin.
Influenzinum est fabriqué à partir de ce vaccin de la grippe, un vaccin qui change donc chaque année, selon l’épidémie attendue : Influenzinum tire son nom d’influenza qui est le nom donné au virus de la grippe. Il est donc renouvelé chaque année et il est délivré le même jour que le vaccin antigrippe, la date est notée sur le tube, chaque année les stock sont renouvelés.
Influenzinum est un biothérapique (biothérapique veut dire remède fait à partir du vivant, on retrouve ce terme aussi pour des remèdes allopathiques comme interféron, Tnf alpha…)ce biothérapique est obtenu par dilution puis dynamisation du vaccin anti grippal . Il ne possède pas de pathogénèsie expérimentale (le mot pathogénèsie renvoie à l’article du Dr J Marie Deschamps)
Ce biothérapique a une longue histoire qui commence en 1918 lors de la grande épidémie de grippe espagnole. Pendant cette épidémie, les homéopathes ont pu observer que le remède qui correspondait le plus souvent aux symptômes provoqués par cette grippe était eupatorium perfoliatum ( c’est une grippe avec des courbatures ou de douleurs osseuses à type de « brisure », avec un besoin de changement permanent de position (sans pour autant être soulagé), d’une hypersensibilité à la pression des globes oculaires, d’une envie de boire de l’eau froide, d’éternuement, d’une émission de sueur modérée). Quand on trouve le même remède indiqué pour la plupart des patients, on l’appelle le remède de l’épidémie ; c’est très fréquent, qu’actuellement, lors d’une épidémie on note encore ce phénomène qui est de donner à tous les patients le même remède ; nous disons entre nous « la grippe cette année est une grippe Bryonia » ou une grippe belladona etc. .. Donc c’est eupatorium qui en 1918 se montra être le remède de l’épidémie.
C’est le docteur Nebel de Lausanne qui a eu l’idée de mêler à eupatorium le sang de malades contaminés par la grippe. Il fabriqua avec ce mélange un remède selon les lois de l’homéopathie en le diluant et en le dynamisant. Il est important de rappeler qu’à cette époque fort démunie sur le plan pharmacologique, influenzinum a sauvé des milliers de vies humaines. ( De même pendant l’épidémie de choléra à Marseille la réputation des homéopathes s’est fondée sur les très bons résultats obtenus )
Influenzinum évoluera beaucoup avant de devenir le biothérapique que l’on possède aujourd’hui.
L’utilisation actuelle d’influenzinum est essentiellement préventive et le schéma est d’une dose en 9CH (15ch pour certains auteurs) à prendre trois semaines de suite dés le mois d’octobre, suivie d’une dose par mois jusqu’en mars environ.
Nous l’utilisons aussi quand le vaccin pour la grippe est mal supporté et déclenche un syndrome pseudo-grippal en donnant une dose 7ch ou 9ch
Pour les patients les plus fragiles l’association au vaccin allopathique est possible.
Certains prescripteurs le donnent aussi au cours de la grippe, mais d’autres le contestent car il peut aussi y avoir une majoration des symptômes.
Le plus souvent influenzinum est associé à sérum de Yersin ou à Thymuline chez les enfants
[*Sérum de Yersin*]
On ne peut pas parler d influenzinum sans son complémentaire le sérum de Yersin, Dans la lettre 43 Christine Arnoux en a évoqué l’historique mais en m’excusant auprès de ceux qui se souviennent, je redis comment ce biothérapique a été inventé. S’appropriant le principe de la vaccination ( une maladie grave peut être évitée en inoculant le bacille atténué,) un homéopathe a injecté le bacille de la peste à des oiseaux et a prélevé leur sérum, puis en diluant et en dynamisant il a fabriqué le remède.
Le sérum de Yersin est donc obtenu à partir d’un sérum d’animaux immunisés contre le bacille de Yersin qui est le bacille de la peste mis en évidence pour la 1ere fois par Alexandre Yersin.
Il n’a pas de pathogénèsie au sens expérimental mais son utilisation pour la grippe est liée à l’analogie entre la peste et le syndrome grippal sévère, en effet la peste se présente au début comme une forte grippe avec fièvre très élevée, frissons, courbatures qui se complique rapidement d’une atteinte pulmonaire létale.
Ce sont les Dr Chavanon et Rousseau qui l’utiliseront sur le plan homéopathique.
Le Sérum de Yersin correspond donc à la grippe grave dont il est un remède majeur en aigu. Il peut être prescrit systématiquement dans toutes les affections grippales dés le début des symptômes. Mais son action antigénique puissante en fait un antiviral « à tout faire » en pratique. Il sera très utile dans toutes les affections aigues virales saisonnières à leur début (rhino pharyngites, bronchites, etc.) le protocole est d’une dose en 7CH trois jours de suite. Il semble également efficace dans les affections virales gastro intestinales. Il peut être utilisé après une infection grave. C’est donc aussi un remède de convalescence après forte infection (Pulsatilla, Sulfur iodatum)
En prévention il est donné en 7ch ou 9ch en alternance avec influenzinum 9ch une dose tous les 15 jours 3 fois, puis une fois par mois jusqu’au mois de mars, pour éviter les formes graves

[*Thymuline*]
Thymuline tire son nom d’une hormone secrétée par le thymus, le thymus est une glande qui grossit jusqu’à l’adolescence pour diminuer ensuite, il est quasi inexistant chez l’adulte Le thymus se projette entre le 4e cartilage costal et le bord inférieur de la thyroïde, il est donc partiellement dans le thorax et partiellement dans le cou. Le thymus joue un rôle capital dans les mécanismes de l’immunité en permettant la maturation des lymphocytes T.
Le remède thymuline est élaboré à partir d’une hormone de synthèse : il trouve son indication essentiellement chez l’enfant où il stimule son immunité. Il est donc très intéressant quand l’enfant présente des infections récidivantes que ce soit rhinopharyngite, otite, angine, bronchite ou cystite. La prescription doit se faire sur cette notion de récidive.Thymuline trouve aussi une indication dans la mononucléose où il y a une baisse des défenses immunitaire.
Il sera prescrit en 9ch une fois par semaine pendant un mois puis une fois par mois pendant l’hiver : il trouve son indication essentiellement chez l’enfant puisque le thymus régresse à l’âge adulte, mais devant des pathologies récidivantes il est parfois prescrit chez l’adulte. Comme il stimule l’immunité il est prescrit aussi et cela chez l’adulte dans l’herpès récidivant .

Dr Martine Durand-Julien